.: Organisation pour Bâtir dans l'Union un Togo Solidaire :.

Protocole d’interview : Journal L’Indépendant Express

À Monsieur Messan Agbéyomé KODJO, Président de l’Organisation pour Bâtir dans l’Union un Togo Solidaire (OBUTS)

 

Interview Réalisée par Sylvestre K. BENI (Rédacteur en Chef)

 

  1. Agbéyomé KODJO, Bonjour. Courant juin 2014 au Parlement, la formation politique UNIR a voté contre le projet de loi sur les réformes introduit par le gouvernement. Courant décembre 2014, la même formation politique a voté contre la proposition de loi introduite par l’opposition parlementaire. En juin 2016, [elle] bloque les travaux en commission des lois, proposant l’ajournement de l’examen de la proposition de loi ANC-ADDI. Mr. KODJO, quelle alternative possible pour qu’UNIR accepte de réaliser les réformes constitutionnelles et institutionnelles voulues par tous ?

 

AMK : Merci de nous soumettre à cet exercice qui nous offre en opportunité, l’occasion de nous prononcer sur des sujets qui préoccupent la classe politique togolaise, et plus généralement, le peuple togolais dans son ensemble.

 

Il vous souvient qu’en juin 2014, lors de l’étude du projet de loi portant réformes constitutionnelles et institutionnelles, introduit à la Chambre parlementaire par le Gouvernement, un « raidissement politique » est apparu à l’issue d’interminables débats parlementaires au cours des travaux en commission relativement à la faculté pour le Président de la République sortant, de briguer un 3ième mandat consécutif.

 

Pour l’opposition parlementaire ce fut un refus catégorique ; en revanche, pour la formation politique UNIR, la faculté tendant à rééligibilité dont pourrait bénéficier le Président de la République sortant constituait un préalable exigeant avant le retour à la limitation du mandat présidentiel à un quinquennat renouvelable une seule fois et au mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour l’élection présidentielle.

 

Face à l’enlisement de ce débat important pour l’avenir de la Nation, la formation politique OBUTS publia une tribune, aux termes de laquelle, elle affirma, que si permettre au Président de la République sortant de briguer un 3ième mandat était le prix politique à payer pour qu’advienne in fine les réformes constitutionnelles et institutionnelles, la formation politique OBUTS l’aurait sans hésitation, volontiers payé.

 

Nous n’avons pas été compris, et fumes l’objet d’attaques infamantes, de dénigrement, de calomnie et d’injures ad hominem.

 

En définitive, chacun observera qu’aucune réforme n’intervint avant la présidentielle du 25 avril 2015, et qu’en l’état, sur la base des dispositions de la Constitution togolaise en vigueur, le Président de la République sortant sollicita à nouveau les suffrages du peuple togolais, et s’est ainsi maintenu dans ses fonctions.

 

Pour autant, l’urgence et la nécessité de procéder à des réformes pour l’émergence d’une nouvelle page politique demeure. La proposition de loi introduite à la Chambre parlementaire par l’ANC-ADDI, vient d’être ajournée, dans l’attente nous dit-on des propositions de réformes issues des travaux de la Commission que préside Madame AWA NANA-DOBOYA.  Nous attendons la publication de son contenu, qui vraisemblablement fera l’objet d’un débat public, voire d’amendements avant d’être acheminé vers la Chambre parlementaire, et au besoin, soumis à une consultation référendaire.

 

Soyons patients, car en matière politique, la patience aplanit les montagnes. En temps opportun, nous aviserons en responsabilité. 

 

En tous les cas, le Togo ne peut plus faire l’économie de ces réformes constitutionnelles et institutionnelles et s’engager en l’état, dans de nouvelles joutes électorales desquelles résulteraient tensions et crispations dont le pays n’a pas besoin.  Nous avons besoin de préserver le pays contre des chocs extérieurs imprévisibles et de rassembler la Nation autour des défis multiples résultant d’un monde globalisé instable, en proie à de constantes mutations.

 

  1. Comme Gilchrist Olympio de l’UFC, vous estimez que le combat politique ne doit plus s’exprimer dans la rue, que c’est un choix politique contre-productif. Mr. KODJO, quels sont les moyens dont vous disposez aujourd’hui, vous opposition, pour l’effectivité des réformes au cas où, UNIR revient sur un non catégorique ?

 

AMK : C’est la banalisation des manifestations de rue qui a fourvoyé et décrédibilisé ce mode pacifique d’expression publique et de pression politique.  Dans le contexte actuel, la formation politique UNIR, ne me paraît pas habité d’intentions tendancieuses.  À supposer que se fasse jour, un soudain retournement politique qui s’assimilerait à une ascension vers la "roche Tarpéienne", il s’agirait à nul doute, d’une prise de risque politique dont les fâcheuses conséquences ne sauraient être mésestimées. 

 

Le Togo a besoin de la paix et de la sécurité pour se rassembler en confiance autour des impératifs pluriels du redressement national.

 

Tous nous devons y contribuer. C’est pourquoi, en responsabilité, nous en appelons au pragmatisme des uns et des autres, et à la mobilisation de tous pour des réformes justes et consensuelles qui épousent les aspirations d’une large majorité du peuple togolais.

 

  1. OBUTS, est un parti d’opposition. Son président dans les voyages officiels avec les membres du gouvernement togolais. Faut-il lire un geste d’ouverture politique pour l’intérêt national ou un ralliement à la mouvance présidentielle ?

 

AMK : Trêve d’exagération ! Ancien Premier Ministre de la République, ancien Haut serviteur de l’État et leader d’une formation politique régulièrement constituée et en activité, le devoir, la courtoisie républicaine et les convenances républicaines m’obligent à répondre toutes les fois que de besoin, aux sollicitations des pouvoirs publics sur des sujets d’intérêt national où mon expertise et mon expérience sont requises. En tout état de cause, il ne s’agit nullement « d’un ralliement à la mouvance présidentielle. » En revanche, retenez qu’en l’espèce, il s’agit précisément de discernement politique républicain.

 

  1. Le mandat social de Faure Gnassingbé contraste avec la volonté des jeunes togolais à quitter le pays à la recherche du bien-être social sous d’autres cieux. Monsieur le président, ne pensez-vous pas que les fruits de ce mandat social se font désirer ?

 

AMK : Manifestement les conditions de vie des togolais deviennent de plus en plus difficiles, malgré les efforts des pouvoirs publics. Le Chef de l’État en a pris la mesure et a déclaré au cours de son adresse de janvier 2017 à la Nation, qu’il instruirait les membres du gouvernement à produire des efforts plus marquants, afin que s’améliore le panier de la ménagère. Puissent ses vœux se traduire plus rapidement dans les actes concrets pour des conditions de vie meilleure au bénéfice de nos populations.

 

  1. Il y a quelques mois, des rumeurs annonçaient votre retour à la Primature. Mr. Agbéyomé KODJO, nouveau Premier ministre togolais, quels seront vos chantiers prioritaires ?

 

AMK : Nous sommes coutumiers des rumeurs et autres supputations au Togo. Je n’en dirai pas plus.

 

  1. En 2013, OBUTS n’a pas eu de sièges au Parlement ; en 2015, le parti n’a pas participé au scrutin présidentiel. 2018, c’est demain. Comment vous vous préparez pour les législatives prochaines

 

AMK : La formation politique OBUTS sera présente et activement représentée dans la prochaine compétition électorale. Elle s’y prépare avec méthode et espère faire son entrée dans la prochaine législature pour peu que nous parvenions à convaincre nos électrices et nos électeurs de la pertinence de notre offre politique.

 

  1. Puis, ce sera la conquête du fauteuil présidentiel

 

AMK : C’est le cadet de nos soucis ! Ce qui m’importe c’est de vivre dans un pays où les institutions fonctionnent harmonieusement, où la démocratie s’épanouit, où les droits de l’homme sont respectés, où l’institution judiciaire est vertueuse et pleinement indépendante, où une économie à forte croissance à deux chiffres profite à tous, où une société qui innove et progresse fait de sa jeunesse bien formée, connectée et consciente, un levier de ses ambitions.

 

  1. Vous seriez un grand ami du nouveau président français. Comment entrevoyez-vous la politique africaine d’Emmanuel Macron ?

 

AMK : N’exagérons rien. Monsieur Emmanuel Macron continue de séduire par l’originalité de sa démarche, de sa vision, les français et la communauté internationale. Je souhaite qu’il réussisse sa politique de transformation de la société française, et de relance de la construction européenne. Sa démarche politique devrait utilement nous inspirer afin que nous nous affranchissions de la confrontation stérile pouvoir/opposition, à tous égards nuisibles à l’intérêt général.

 

S’agissant des grandes lignes de sa politique africaine, il appartient à nos pays de faire preuve de lucidité et de vision dans la conduite des politiques publiques, de respecter les principes démocratiques, d’assurer par la bonne gouvernance les conditions propices au développement économique et social et au bien-être des populations.

 

9.Votre opinion sur le vote de la loi sur les communes.

 

AMK : J’incline à penser qu’il y a lieu de s’en réjouir car une étape importante du processus de décentralisation auquel aspire notre pays, vient d’être franchie. Pour autant, le nombre surabondant de communes créées, Cent seize (116) ; et l’empilement des structures communales ainsi engendré, pourrait (sous toutes réserves) à l’heure où l’intercommunalité prévaut partout à travers le monde, et à l’heure d’une approche pragmatique dans le management public, constituer en cette phase première, un "millefeuille administratif budgétivore" dans la conduite de la politique de décentralisation initiée par le gouvernement.

Je rappelle qu’en matière de décentralisation, les collectivités s’administrent librement et sont autonomes.

 

Au surplus, le projet de loi dont s’agit, fut adopté sans consensus ; l’opposition parlementaire ayant rejeté le texte, sur un sujet pourtant éminemment important relativement à une ambition politique partagée, portant revitalisation de nos collectivités territoriales et modernisation de la gestion communale. 

 

 

Gabriel Messan Agbéyomé KODJO, merci

 

AMK : C’est moi qui vous remercie.

 

(*) L’intercommunalité est le regroupement de communes ou de municipalités en une structure légale en vue de coopérer dans un ou plusieurs domaines comme l’eau, les ordures, les transports, les infrastructures, le dynamisme économique d’un terroir, l’aménagement ou l’urbanisme.

 

 

Communiqué

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